Sept pistes pour accueillir et accompagner les étudiant.es des Premiers Peuples

Le 4 avril dernier avait lieu un webinaire qui a réuni 115 personnes sur le thème des pistes d'action pour accueillir et accompagner les étudiant.es des Premiers Peuples à l’université.

Offert par les membres de la Communauté de pratique des professionnel.les soutenant les étudiant.es des Premiers Peuples du réseau de l’Université du Québec (UQ), ce webinaire était animé par Eve-Lyne Rondeau, chargée de projets autochtones pour le réseau UQ. Destinée aux membres des équipes des services aux étudiants du réseau UQ, cette activité a permis de mettre  en évidence l'expertise de Marie-Ève Cleary (TÉLUQ), Anthony Caron (UQTR), Julie Dubé (UQAC) et Sükran Tipi (UQO), et leurs collègues de la communauté de pratique, en illustrant chacune des pistes tirées du Guide pour accueillir et accompagner la population étudiante des Premiers Peuples à l'université, publié en 2022 par les membres de cette même communauté de pratique.

Le webinaire a été précédé d'une invitation au visionnement de la capsule Soutien et services aux étudiants des Premiers Peuples, réalisée dans le cadre du Forum national sur la réconciliation 2021. Les témoignages d'étudiant.es autochtones qui y sont présentés mettent bien la table sur les différents défis auxquels sont confronté.es ces étudiant.es et aussi leurs attentes face à aux établissements d'enseignement supérieur qui les accueillent.

Après avoir présenté les membres de la communauté de pratique à l'origine du guide et de ce webinaire, Eve-Lyne Rondeau a présenté la capsule Autochtones 102 (série Briser le code de Télé-Québec, 2020) dont la narration est réalisée par Maïté Saganash.

Eve-Lyne Rondeau présente ensuite des résultats de l'Enquête ICOPE de 2016 publiés dans le document À la rencontre des étudiants des Premiers Peuples (Direction de la recherche institutionnelle, UQ, 2019).

  • 295 étudiant.es autochtones étaient inscrit.es dans un établissement du réseau UQ :
  • La majorité des nations était représentée (sauf Naskapis) : davantage d’étudiant.es provenant des nations Innus (19%), Anicinape (18%), Abénaquis (12%), Mig’maq (11,2%) et Attikamekw (8%) ;
  • La moitié opte pour des études en sciences humaines ou en administration ;
  • La majorité étudie au 1er cycle (9 sur 10) à temps complet (3 sur 4);
  • Les deux tiers occupent un emploi parallèlement à leurs études ;
  • Le tiers a des responsabilités familiales ;
  • Plus de la moitié sont des étudiant.es de première génération (EPG) ;
  • Près de 40% ont choisi leur université en raison de sa proximité et presque un sur 4 ne serait pas allé dans une autre université.
  • 9 sur 10 se sentent bien préparé.es à entreprendre leurs études, malgré certaines difficultés avec les langues officielles et des parcours antérieurs moins traditionnels ;
  • Au premier cycle, 6 sur 10 réussissent tous les crédits suivis au premier trimestre ;
  • Des moyennes cumulatives relativement plus faibles sont observées au premier trimestre ;
  • Des taux de réinscription en deuxième année généralement plus faibles au baccalauréat à temps complet, mais souvent comparables ou plus élevés au certificat sont obtenus.

Ces données permettent de contribuer à atteindre l'objectif visé par la première piste tirée du Guide, soit d'offrir un milieu universitaire sensible et engagé. Cette piste passe notamment par une plus grande connaissance des réalités historiques et contemporaines des Premiers Peuples et un portrait le plus juste possible de cette population étudiante.

Piste 2 - Un accueil spécifique favorisant la sécurisation culturelle et l'appartenance à l'université.

La sécurité culturelle peut se définir comme « […] la potentielle résultante d’une offre de services développée dans le respect et la reconnaissance des déterminants historiques, culturels, socioéconomiques, politiques et épistémologiques des populations ciblées (Dufour, 2015a) » (cité dans 2019) et l'appartenance à l'université se construit sur ce sentiment de sécurité.

Les exemples de pratiques à mettre en place sont nombreux, tels :

  • Offrir un accueil spécifique, volontaire et personnalisé au cours duquel les services et lieux essentiels seront mis en évidence et visités ;
  • Proposer une approche personnalisée et bienveillante afin de cultiver des relations de confiances avec les étudiant.es ;
  • Avoir une attention particulière à ne pas surcharger de contenu ces journées d'accueil ;
  • Considérer ouvrir l'accueil d'autres membres de la famille pour cette visite sont des exemples concrets de bienveillance envers les étudiant.es des Premiers Peuples.

Piste 3 - Des espaces physiques et virtuels signifiants

Pour favoriser la sécurité culturelle, il y a également l’idée de créer des lieux accueillants, favorisant un climat calme et bienveillant. Julie Dubé présente le local aménagé au Centre d'études universitaires (CEU) de Sept-Îles (UQAC) et qui permet aux étudiant.es des Premiers Peuples de se retrouver ensemble. Elle mentionne aussi que pour éviter que les étudiant.es ne se replient dans ce seul local dédié, des activités occupant aussi l'espace général du campus ont été organisées. Cela permet d’ouvrir et de partager avec le reste de la communauté étudiante et universitaire. Elle cite en exemple l'activité qui a eu lieu le 30 septembre 2022, L'art qui relie, un projet d'art inclusif au cours ; une œuvre collective a été réalisée avec une artiste innue et l'ensemble la communauté universitaire et les familles étaient invitées.

En ce qui a trait aux espaces virtuels :

  • Utiliser Facebook et les médias sociaux : l’outil de clavardage Messenger est souvent plus efficace que le courriel ou le téléphone pour les échanges ou établir un contact. Aussi, créer un groupe sur Messenger pour une activité donnée peut augmenter l'engagement et offrir un mode simple pour communiquer des informations sur l'activité (rappels et présence) ;
  • Il est recommandé de créer un premier lien virtuel personnalisé pour favoriser les éventuelles demandes de service ou des questions de la part des étudiant.es des Premiers Peuples. Par exemple, envoyer des messages individuels au retour des vacances des fêtes ;
  • Offrir un mode de consultation par appel-vidéo (Facetime, Zoom, Teams) pour faciliter la conciliation études-famille.

Piste 4 - Des services psychosociaux propres aux réalités culturelles et historiques

Afin de guider les interventions auprès de cette population étudiante, les éléments suivants sont proposés :

  • L'importance d'une bonne connaissance des réalités autochtones par les intervenants (sensibilité culturelle et compétences interculturelles) ;
  • Avoir la volonté d'être de bon.nes allié.es ;
  • Avoir le désir de connaître la nation, les valeurs, l'expérience et la situation familiale de la personne étudiante, tout en respectant le rythme de cette dernière dans le partage d'informations personnelles ;
  • Les profils des étudiant.es des Premiers Peuples sont divers même si on y trouve certains éléments communs ;
  • Éviter d'assumer que ces parcours étudiants ne sont que pavés d'embûches ou ne déroulent pas bien ; célébrer aussi les victoires ;
  • Cultiver la bienveillance ;
  • Agir comme médiateur et médiatrice de la culture administrative et de la structure institutionnelle.

Exemples d'interventions : rencontre individuelle périodique, cercle de partage animé par un.e Ainé.e, activités de groupe, référencement et accompagnement.

Piste 5 - Un accompagnement aux services d'aide financière

Il est mentionné qu'il faut éviter de supposer que toutes les personnes étudiantes autochtones sont soutenues financièrement par leur communauté d’appartenance dans le cadre de leurs études. Ce type de financement n'est pas uniforme d'une nation à l'autre, il est souvent insuffisant et ce ne sont pas toutes les personnes qui souhaitent étudier qui y ont accès.

Des conditions clés sont proposées pour favoriser un meilleur soutien financier de ces étudiant.es :

  • Créer des liens entre la personne-ressource dédiée aux étudiant.es des Premiers Peuples, le bureau de l'aide financière et toutes autres personnes pertinentes pouvant offrir un soutien financier.
  • Certaines organisations universitaires (exemples : centres de recherche, fondations universitaires) sont moins familières avec la réalité de cette population étudiante. Il est de mise de créer divers liens de concertation pour favoriser une connaissance et reconnaissance des besoins de ces étudiant.es.
  • Il peut être utile d’établir un lien avec les personnes-ressources dédiées aux études postsecondaires dans les différentes communautés, afin d'éviter les retards et les blocages administratifs.
  • Accompagner et offrir du soutien-conseil auprès de l'étudiant.e : avoir une section dédiée sur le site Web, identifier les sources de financement, offrir un soutien au dossier de candidature et effectuer des relances personnalisées avant les dates limite de dépôts.
  • Accompagner et offrir du soutien-conseil auprès des collègues/instances internes offrant des bourses et sensibiliser les comités de sélection aux critères d’identification des personnes autochtones ainsi qu’à différents cas de figure.

 Piste 6 - Un soutien à l'apprentissage spécifique

Pour mettre en œuvre cette approche, il faut éviter de tenir pour acquis qu'il n'existe qu'une forme d'apprentissage et que tous les parcours sont linéaires ou similaires.

  • Adopter une posture d'ouverture face aux différents modèles d'apprentissage et à l'importance des savoirs autochtones.
  • Des outils significatifs qui se rapprochent des façons d'apprendre des Premières Nations, tel que proposé par la First Nations Education Steering Committee (FNESC)
  • Accompagner au métier d'étudiant.e et en décliner les différents aspects de manière explicite.
  • S'attarder aux défis que représente l'apprentissage dans une langue différente de sa langue maternelle.
  • Offrir un accompagnement pour définir un projet d'études qui fait du sens pour l'étudiant.e.

Exemples de stratégies : groupe d'études pour étudiant.es des Premiers Peuples, participation d'ainé.es pour créer un climat de confiance et d'ouverture, proposer du mentorat, voir à offrir du service de garde pour favoriser les périodes d'études et d'accompagnement en dehors des cours.

Piste 7 - Une équipe professionnelle dédiée et une cohérence d'intervention dans l'établissement

Cette piste appelle une vision institutionnelle basée sur la collaboration et la communication, qui permet de créer des liens entre les personnes intervenantes des différents services, pour assurer la prise en compte des enjeux et réalités de la population étudiante autochtone.

  • Exemple : La Table multiservice Mammuu de l’UQAT qui réunit mensuellement des personnes représentant 14 secteurs de l’établissement (p. ex. : vices-rectorats, école d’études autochtones, décanats, services aux étudiants, bibliothèque, services de formation continue, services des communications, services de formation à distance, UQAT internationale) pour réfléchir en toute cohérence aux dossiers et initiatives des Premiers Peuples au sein de l'établissement.
  • Assurer des ressources pérennes stables et régulières pour favoriser une continuité de services

La Communauté de pratique des professionnel.les soutenant les étudiant.es des Premiers Peuples, invite les personnes intéressées à consulter le guide, disponible en ligne, afin de s'approprier chacune des pistes et faire un pas de plus pour mieux soutenir et accompagner cette population étudiante.