L'inclusion des Premières Nations en enseignement supérieur

L'article de Michelle Pidgeon, de la Simon Fraser University, met en évidence les principes qui sous-tendent des expériences réussies d’intégration des savoirs et savoir-être autochtones, favorisant l'autodétermination et la réussite des étudiants issus des Premières Nations. L'auteure invite le lecteur à se distancier d'une pratique qui tente de répondre aux besoins des étudiants autochtones par une liste d'actions (check list) sans fondements, par simple conformité à une certaine rectitude politique. Elle favorise plutôt une réflexion collective sur les pratiques visant une réelle inclusion sociale.

L'auteure rappelle que cette préoccupation des établissements d'enseignement, qui prend notamment sa source dans le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996), où l’éducation est un droit issu des traités, est d'autant plus vive aujourd'hui que des mouvements politiques et sociaux d'importance l'ont propulsée au premier plan. Il suffit de penser au mouvement Idle No More, à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (en cours) et à la Commission de vérité et réconciliation du Canada (2015). Dans cette dernière, des « appels à l'action » sont précisément définis notamment pour le secteur de l'éducation.

L'auteure part donc du principe que l'enseignement supérieur, via ses institutions, a une responsabilité vis-à-vis les Premières Nations, qui consiste à:

  • endiguer les vestiges systémiques de la colonisation;
  • défaire les inégalités entre les Autochtones et les non-Autochtones;
  • favoriser l'autodétermination des Premières Nations.

Or, comment s’assurer que les institutions incarnent cette volonté d’inclusion ? L'auteure souhaite, par ses travaux, accompagner les établissements d'enseignement supérieur en proposant une analyse qui s'inspire du modèle des quatre R de Kirkness et Barnhardt (1991).

En anglais:

  • Respect (respect des savoirs autochtones);
  • Relevance (pertinence des programmes et services offerts);
  • Reciprocal relationship (établissement de relations réciproques et équitables);
  • Responsability (responsabilité dans le rôle à jouer et dans les gestes concrets à poser).

Ces concepts permettent d'analyser les actions et voir si elles sont davantage dans une dynamique de tensions ou une dynamique d'inclusion. Chaque aspect de la structure, de la gouvernance et de la représentativité des Premières Nations au sein des institutions est exploré.

Voici quelques défis, identifiés par l'auteure, qui pourraient interpeller les responsables des services aux étudiants.

  • Le nombre peu important d'étudiants issus des Premières Nations présents dans les institutions d'enseignement supérieur: comment justifier le développement de pratiques (ateliers, cours, activités, ressources, etc.) dans une logique de ressources limitées?
  • L'autochtonisation (indigenization) des institutions est souvent mise en compétition avec l'internationalisation de celles-ci; comment concilier les deux démarches?
  • L'enjeu de l'identité autochtone: l'autodéclaration à l'admission soulève la question de la validité de l'identité autochtone. Si cette déclaration donne droit à des services spécifiques, devrait-on fournir une preuve de cette identité? Aussi, on y mentionne le stigma que certains étudiants autochtones pourraient ressentir dans l'exercice, percevant cette autodéclaration comme une demande automatique d'aide ou de privilèges.
  • L'importance d'un engagement institutionnel dans le soutien d'initiatives mises en place pour les étudiants issus des Premières Nations. Faire cavalier seul expose les services à un financement intermittent et engendre parfois un manque de cohérence pour ceux qui bénéficient de ces services.

L'article de Michelle Pidgeon mentionne également l'existence d'un protocole que peuvent utiliser les collèges et les instituts afin de « décoloniser les salles de classe ». Pour en savoir plus, nous proposons ce lien vers le site du CAPRES:

Étudiants autochtones | Protocole pour les collèges et instituts

Pour lire l'article complet de Michelle Pidgeon:

More Than a Checklist: Meaningful Indigenous Inclusion in Higher Education